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Jarre cylindrique sur pied ajouré, Terre gréseuse blanche revêtue d’une couverte ivoire à décor gravé et rehaussé en oxyde de fer, Dynastie des Trần, 13e-14e siècle, Vietnam, Thanh Hóa, H. 22,50 cm – D. ouv. 18 cm.

Jarre de type caractéristique de la céramique vietnamienne, en forme de tonnelet à pied ajouré et à base constituée de plusieurs anneaux, recouverte d’une fine glaçure légèrement verdâtre et finement craquelée. Le corps est constitué de cinq panneaux décorés en oxyde de fer d’une tige à trois feuilles vue de face entourée de deux à feuille lancéolées (feuilles de chrysanthème) de profil, dans de différentes positions, et dans le dos de deux autres plus ou moins similaires.

L’intérieur est recouvert d’une fine couverte crème verdâtre. On peut encore voir la trace des trois doigts du potier lors du trempage de la pièce dans le bain de glaçure.

Ces jarres étaient destinées dans les palais aristocratiques à conserver les boissons comme en témoigne l’exemplaire des Musées Royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles qui porte à l’intérieur du couvercle les idéogrammes « jarre pour vin ».

Couvercle manquant.

La forme tonnelet de cette jarre est une réminiscence des situles en bronze caractéristique de la culture de Đồng Sơn (5e-1er siècle BC, apparue pour la première fois sous la dynastie des Lý (11e-12 siècle). Ces jarres pouvaient être ornées, dans certain cas, d’une collerette de pétales de lotus modelées en relief. A partir du 12e siècle, elles sont munies d’un pied ajouré et placé sur une base constitué de plusieurs anneaux superposés. Ces pièces sont plus rares que les jarres à base plate. Par exemple dans la vente de la collection Albert Pouyanne (Paris, Drouot, Etude Ader, 19-21 décembre 1933), on dénombre 17 jarres dont une seule est à piédouche ajouré (lot 25 : « Vase couvert de forme cylindrique, sur piédouche ajouré, en grès émaillé crème, incisé et décoré en émaux bruns, de panneaux de fleurs variées »).

La technique de décoration est la création la plus originale et la plus esthétique des potier Lý. Ils revêtent en premier la pièce d’une couverte transparente et fluide qui a tendance à couler en traînées plus épaisses. Puis ils incisent d’un geste rapide les motifs dans la couverte et la pâte à l’aide d’une pointe en bambou taillée et enlève une fine couche de pâte à l’intérieur des traits incisés. Le décor est ensuite peint en oxyde de fer avant d’être cuite au four à une température de 1200-1280° C. Adhérent mal au tesson, le revêtement tend à s’écailler avec le temps. Sur cette pièce, la glaçure est parfaite état. On ne distingue que la présence des bulles d’air qui, à la cuisson, forment de petits trous.

Cette méthode est la première tentative des potiers vietnamiens d’utiliser un décor peint. Cependant, pour rendre le décor plus animé, ils ne se contentent pas de graver le motif mais utilisent des pointes différentes. Lorsque le motif est destiné à être vu de face, l’incision est verticale (comme ici pour la tige à trois feuilles). Pour les motifs vu de profil, les traits sont obliques ou verticaux selon l’angle de vision et des profondeurs différentes. De même que l’oxyde de fer est posée irrégulièrement pour suggérer la lumière. Le décor est le plus souvent emprunté au monde végétal (branches feuillue, fleurs de lotus ou chrysanthème) ou au règne animal (oiseaux aquatiques, échassiers, paons, poissons, tigres, éléphants) et plus rarement des figurations humaines (combats, chasse, etc.)

L’apport des potiers Trần consiste en la division du décor en des panneaux verticaux séparés par des bandes et, à partir du 14e siècle, avec la maîtrise de l’oxyde de fer, le fond est peint en brun tandis que le décor est laissé en blanc. Les ouvertures ajourées peuvent être rectangulaires, carrées ou en demi-cercle.

Des pièces similaires ont été retrouvées dans les tombes du Thanh Hoa soit par Olov Janse entre 1934-1935 ou par Clément Huet au Thanh Hoa dans les années 1930 (cf. la photographie des Musées Royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles, reprod. Stevenson John, Guy John, Vietnamese Ceramics, a Separate Tradition, Chicago, 1997, fig. 2, p. 112).

Pièces comparables :

– Musée d’Histoire du Vietnam, Hochiminh-ville, BTLS 1456, Dynastie des Trần, 13e-14e siècle, H. 23 cm, reprod. The Museum of Vietnamese History, Vietnamese Ceramics in the Museum of Vietnamese History Ho Chi Minh City, Ho Chi Minh City, 1998, n°93 ;

– Musée de Hanoi, Hanoi, Dynastie des Trần, 13e-14e siècle, H. 27,7 cm, reprod. Phạm Quốc Quân, Nguyễn Đình Chiến, Vietnamese Brown Patterned Ceramics, Hanoi, 2005, n°113 ;

– Collection Hoàng Văn Cường, Hochiminh-ville, Dynastie des Trần, 13e-14e siècle, H. 26 cm, reprod. Phạm Quốc Quân, Nguyễn Đình Chiến, Vietnamese Brown Patterned Ceramics, Hanoi, 2005, n°141 ;

– Collection privée, Dynastie des Trần, 13e-14e siècle, H. 28 cm, découvert à Phú Thọ, reprod. Nguyễn Anh Tuấn, Trịnh Sinh, Phu Tho’s Antiques, sl, 2005, p. 112

– Musée National d’Histoire du Vietnam, LSb 10113, Dynastie des Trần, 13e-14e siècle, H. 27,5 cm, reprod. Ministry of Culture-Information, Department of Conservation and Museology, National Museum of Vietnamese History, Vietnamese Antiquities, Hanoi, 2003, n°158.

Philippe TRUONG

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