Vase sur pied, chân cao, Vietnam, culture de Dông Son, Début de la période Nam Viêt ou Giao Chi (IVe-IIIe siècle avant J.-C.)

Vase sur pied, chân cao, Vietnam, culture de Dông Son, Début de la période Nam Viêt ou Giao Chi (IVe-IIIe siècle avant J

Vase sur pied, chân cao, Vietnam, région nord ou provinces limitrophes de la Chine, culture de Dông Son, Début de la période Nam Viêt ou Giao Chi (IVe-IIIe siècle avant J.-C.), Bronze, H. : 14 cm, INV. 2505-70 © musée Barbier-Mueller

Objet d’usage quotidien en forme de bol assez profond, formant une seule pièce avec un pied de bonne hauteur. L’origine dôngsonienne apparaît dans le motif, d’ailleurs emprunté à la Chine, en forme de « grecque oblique » [1], que l’on peut aussi décrire comme des spirales géométriques enchaînées, dérivant du double S horizontal et stylisé.

L’éditeur en profitera pour dire deux mots de ce type de décor géométrique. Au centre de la Chine, à l’époque où naît l’art du métal (bronze) lors de la période Shang (vers 1600- 1027 avant J.-C.), existe une culture néolithique dite « de Lung-Shan ».

Apparaissent alors dans la céramique des motifs comme les « méandres » anguleux, ancêtres des « grecques obliques », lesquelles vont se répandre largement lors de la période des Chou occidentaux (1027-771 avant J.-C.), où l’art de la fonte du bronze fait ses brillants débuts, atteignant un sommet avec les Chou orientaux (770-222 avant J.-C.), où cet art gagne les peuples non-Chinois que ceux-ci appellent Yue, dans les provinces du sud de la Chine actuelle et au nord du Vietnam. Tout le Ier millénaire avant J.-C. est celui de la céramique à décor géométrique [2].

La forme double des anses sur le corps du récipient se retrouve fréquemment sur le corps de réceptacles du Dông Son.

Le pied s’évasant vers le bas à 45 degrés de façon rectiligne est encore le résultat de l’influence chinoise de la période Giao Chi à ses débuts.

L’ouverture du récipient est plus large que le corps du bol. La trace de la fonte prouve qu’il s’agissait d’un moule en deux parties, très répandu pour la fabrication des réceptacles dôngsoniens aux parois minces.

Un objet semblable a été découvert dans un cercueil fait d’un tronc d’arbre évidé à Viêt Khê (Haï Phong) daté par C 14 des IVe-IIIe siècles avant J.-C.

Édité et complété (origine du motif des « grecques obliques ») par Jean Paul Barbier-Mueller

[1pour reprendre la terminologie de Bezacier 1972, p. 176

[2voir Bellwood 1978, p. 180-181, qui cite un archéologue chinois pour affirmer : « the development [of geometrically stamped pottery is] a product of Shang and Western Chou influences in otherwise Neolithic areas »ibid., p.181

Van Viêt Nguyên, Le profane et le divin, arts de l’Antiquité. Fleurons du musée Barbier-Mueller, musée Barbier-Mueller & Hazan (éd.), 2008 : p. 443.

Coupe à pied, Vietnam, culture de Dông Son, Début de la période Nam Viêt ou Giao Chi ( IIe siècle avant J.-C.)

Coupe à pied, Vietnam, culture de Dông Son, Début de la période Nam Viêt ou Giao Chi ( IIe siècle avant J

Coupe à pied, Vietnam, région nord ou provinces limitrophes de la Chine, culture de Dông Son, Début de la période Nam Viêt ou Giao Chi ( IIe siècle avant J.-C.), Bronze, H. : 20 cm, INV. 2505-13 © musée Barbier-Mueller

La partie supérieure a la forme d’un bol évasé, ou d’une assiette profonde. Des deux côtés extérieurs, de doubles anneaux permettaient de fixer des clochettes, des petits objets de décoration, des anneaux.

Le corps du bol est orné, toujours sur sa partie externe, de deux lignes horizontales encadrant un motif en dents de scie.

Le pied présente d’abord une courbure concave sans aucun décor, puis il se forme une arête, et la base (présentant des triangles, des dents de scie ajourées) se pose à 45 degrés sur le sol.

Les « dents de scie » sont une des caractéristiques de la période Nam Viêt de la culture de Dông Son.

Repr. : Viêt 2008, pl. III.3, p. 18.

Van Viêt Nguyên, Le profane et le divin, arts de l’Antiquité. Fleurons du musée Barbier-Mueller, musée Barbier-Mueller & Hazan (éd.), 2008 : p. 442.

Grand vase avec son couvercle, hô, Vietnam, région nord ou provinces limitrophes de la Chine, culture de Dông Son

Grand vase avec son couvercle, hô, Vietnam, région nord ou provinces limitrophes de la Chine, culture de Dông Son

Grand vase avec son couvercle, , Vietnam, région nord ou provinces limitrophes de la Chine, culture de Dông Son, Début de la période Nam Viêt ou Giao Chi (IVe-IIIe siècle avant J.-C.), Bronze, H. : 53,5 cm, INV. 2505-14 © musée Barbier-Mueller

Les bossettes et motifs en dents de scie ornant ce réceptacle imposant (des triangles entourés de bossettes visibles sur le couvercle et sur le col au niveau des anses) sont des motifs typiques de la culture de Dông Son, ici sous l’influence de la culture Nam Viêt (pays des Viêts, ou Yue pour les Chinois du Sud), aussi appelée « période Giao Chi » [1].

La tradition dôngsonienne est bien visible dans les anses en forme de U inversé. Des vases similaires apparaissent parfois dans la représentation de bateaux de guerre chargés d’hommes emplumés sur les tambours de type Heger I, comme sur les situles de bronze ; on les voit sous des sortes d’estrade, dans la cale, voisinant avec des scènes de tir à l’arc, etc.

Le corps du vase comme le couvercle sont recouverts d’un semis « granité » ressemblant à la peau d’un crapaud. Le pied est surélevé, de force tronconique, ajouré non par découpage du métal, mais lors de la fonte, comme le prouve la coupe hémisphérique et non plate. Il nous montre une série de cerfs, ou capridés, ayant un bouquet d’herbe ou un buisson sous le ventre, inscrits dans des cadres trapézoïdaux.

Un vase identique est exposé dans le musée privé Rìng trong Phô (La Forêt en ville) (Thanh Hoa). Un autre, dépourvu de sa base et de son couvercle, très abîmé, a été découvert dans une des sépultures du site de Dông Son même (un dessin, reconstitué, est reproduit dans cat. exp. Paris 2003, p. 68).

Les vases perchés sur des pieds ajourés ont pour origine les poteries des cultures qui se sont développées après le Néolithique le long des côtes du Vietnam, par exemple dans la baie d’Along (province de Quâng Ninh), ou Hoa Loc (province de Thanh Hoa). Le premier vase de bronze ayant un pied comportant des ajourations a été découvert, avec un vase à pied, dans un cercueil fait d’un tronc d’arbre évidé à Viêt Khê (Hàï Phòng). La datation au carbone C 14 de ce cercueil le fait remonter aux IVe-IIIe siècles avant J.-C.

Un certain nombre d’autres vases avec un pied ajouré sont apparus dans des tombes du pays des Viêts du sud (Nan Yue en chinois), dans la province de Guangdong, la région autonome de Guangxi et même la province de Guizhou. La technique permettant la fonte de pièces ajourées était assez largement répandue dans la culture de Dông Son.

Repr. : Cat. exp. Paris 2003, pl. 24. Édité par Laurence Mattet 

[1voir Viêt 2008, p. 24 sq.

Van Viêt Nguyên, Le profane et le divin, arts de l’Antiquité. Fleurons du musée Barbier-Mueller, musée Barbier-Mueller & Hazan (éd.), 2008 : p. 441.

Réceptacle bulbeux à pied carré ajouré, Vietnam, culture de Dông Son, Période Giao Chi

Réceptacle bulbeux à pied carré ajouré, Vietnam, culture de Dông Son, Période Giao Chi

Réceptacle bulbeux à pied carré ajouré, Vietnam, culture de Dông Son, Période Giao Chi (fin du Ier millénaire avant J.-C. – début du Ier millénaire après J.-C.). H. : 21 cm, diam. : 21 cm. INV. 2505-57 © musée Barbier-Mueller

Vase appartenant à la catégorie des petites jarres rondes, avec couvercle peu bombé, rond et muni d’un anneau de préhension mobile inséré dans une demi-boucle faisant corps avec ledit couvercle.

Les anses imitent des minces bambous tressés et se composent de plusieurs parties, reliées par des boucles, une particularité assez répandue dans la culture Nam Viêt à l’époque Giao Chi.

Les anses imitent des minces bambous tressés et se composent de plusieurs parties, reliées par des boucles, une particularité assez répandue dans la culture Nam Viêt à l’époque Giao Chi.

Sur le couvercle et le pourtour de l’ouverture se voient des motifs circulaires fréquents de la culture de Dông Son.

Édité par Laurence Mattet

Van Viêt Nguyên, Le profane et le divin, arts de l’Antiquité. Fleurons du musée Barbier-Mueller, musée Barbier-Mueller & Hazan (éd.), 2008 : p. 440.

Situle de petite taille, culture de Dông Son, Vietnam, régions montagneuses du nord

Situle de petite taille, culture de Dông Son, Vietnam, régions montagneuses du nord

Situle de petite taille, culture de Dông Son, Vietnam, régions montagneuses du nord. Bronze. H. : 22,6 cm. INV. 2505-74 © musée Barbier-Mueller

Le décor insolite (barques avec personnages emplumés très stylisés) indique une datation tardive, Ier siècle avant J.-C. ?

Invisible de l’extérieur, une base est ménagée de façon à créer un socle qui isole le fond du récipient, placé un peu plus haut, du contact avec le sol. Le haut comporte une partie rétrécie maintenant en place le couvercle, absent.

Les deux anses en forme de U renversé, avec doubles spirales, sont caractéristiques de la culture de Dông Son : l’influence du royaume de Dian ou celle de la Chine les fera disparaître au profit d’anses mobiles ou de boucles que tiennent dans leur gueule des têtes de tao ti’e appliquées sur la panse du vase, comme pour les lian tripodes empruntés aux Han.

Le registre du haut du corps de la situle est banal : deux rangées de doubles lignes horizontales en relief, que joignent de petites barres verticales. Entre chacune de ces deux doubles lignes, des cercles, aussi en relief, où le point central est peu visible.

Le deuxième registre, au milieu, comporte quatre bateaux séparés par des paons dessinés avec réalisme, la queue sous la poupe d’un navire et la tête sous la proue du précédent, car ces derniers sont placés dans le sens contraire à celui des aiguilles d’une montre. Les barques sont très étonnantes. Les personnages (ils semblent être des danseurs plus que des guerriers ?) n’ont presque rien d’humain. Ce sont des touffes de plumes hérissant des silhouettes boudinées, mêlées inextricablement à des représentations d’oiseaux.

Dans le registre se trouvant sous celui des barques, des animaux détalent. Sous la poupe du bateau centré sur cette vue de la situle, on remarque parmi eux une bête étrange elle aussi, ne faisant pas partie du répertoire habituel des bronziers : un quadrupède lancé au grand galop, portant deux courtes « ailes » ou bosses sur le dos. Le Dr Nguyên Viêt ne l’a jamais rencontré ailleurs. Le dernier registre, au bas du récipient, est semblable à celui du haut (lignes horizontales reliées par des traits verticaux et points cerclés).

Près du col de la situle, trois idéogrammes han ont été gravés après la fonte. Seul le premier a été déchiffré [1] : il est lu gang et signifie « sommet de la montagne », ou « confins ». Repr. et commenté : Viêt 2006, fig. 26, détail de la bête étrange fig. 27 et texte cité plus haut.

Publ. : Viêt 2008, ill. 1. Édité et complété par Jean Paul Barbier-Mueller

[1Viêt 2006, p. 259

Van Viêt Nguyên, Le profane et le divin, arts de l’Antiquité. Fleurons du musée Barbier-Mueller, musée Barbier-Mueller & Hazan (éd.), 2008 : p. 438.

Situle à anses articulées de forme complexe, culture de Dông Son, style Nam Viêt, Vietnam, région nord ou provinces chinoises adjacentes, IIe siècle avant J.-C.

Situle à anses articulées de forme complexe, culture de Dông Son, style Nam Viêt, Vietnam, région nord ou provinces chinoises adjacentes, IIe siècle avant J.-C.

Situle à anses articulées de forme complexe, culture de Dông Son, style Nam Viêt, Vietnam, région nord ou provinces chinoises adjacentes, IIe siècle avant J.-C. Bronze. H. : 22,5 cm, diam. : 25 cm. INV. 2505-60 © musée Barbier-Mueller

Outre la particularité de ses anses, ce récipient présente un corps qui n’est pas parfaitement cylindrique. La partie centrale est bouchée. Au sommet, une partie rétrécie permettait de maintenir le couvercle, absent comme presque toujours. Le tronc est orné de trois bandes de motifs différents.

Le premier registre, inscrit entre deux filets négatifs au milieu desquels se voit un pointillé, est décoré de cercles concentriques, reliés par une tangente (le motif, très simple, qui se retrouve ici dans le registre du bas, apparaît dès les débuts du Dông Son et évoluera vers la double spirale inversée, par exemple chez les Batak de Sumatra), mais ici les cercles concentriques sont garnis de deux « crochets » vers l’extérieur, en haut, et d’un troisième « crochet », dirigé vers la droite, en bas.

Ce motif peut faire l’objet de nombreuses interprétations. L’auteur les appelle simplement « moustaches ». L’éditeur soussigné constate, sans en tirer aucune conclusion, que les doubles spirales peintes sur le fronton des maisons des Toba Batak (que Heine Geldern, cette fois sans extravagance, comparait aux mêmes motifs d’origine dôngsonienne) sont aussi hérissées, plus largement munies de « crochets » reconnus comme foliacés, et faisant allusion à l’arbre cosmique harihara, si important (sous diverses appellations) dans tous les mythes de l’Insulinde.

La bande centrale représente deux files de motifs en forme de S, eux aussi agencés autour de cercles concentriques reliés par une tangente, avec un « crochet », sur chaque cercle. Même délimitation par deux lignes encadrant une série de pointillés.

Enfin, la bande du bas, inscrite entre les mêmes lignes contenant des pointillés, ne montre que des cercles concentriques reliés par une ligne tangente.

Les anses imitent l’apparence de minces bambous torsadés. Chaque extrémité de la liane se termine par un anneau, enchâssé dans un autre anneau appartenant à une courte tige intermédiaire, elle aussi torsadée, et dont l’autre extrémité se termine par une nouvelle boucle, accrochée à une dernière boucle mobile fixée à une petite anse du col de la situle.

Un récipient identique a été découvert dans la tombe du roi du Nam Viêt, près de Guangzhou (ville de Canton, capitale de la province de Guangdong, Chine). Cette tombe date du IIe siècle avant J.-C. La situle a été coulée dans un moule en deux pièces qui ont laissé leur trace sur les flancs et le fond du réceptacle (qu’il s’agisse de fonte « à la cire perdue » ou de fonte dans des moules solides, le phénomène s’explique, encore que des savants comme Pieter Meyers et Anna Bennet voient des différences dans les lignes saillantes qu’auraient laissées l’une ou l’autre méthode.

Publ. : Viêt 2006, fig. 1 (photo des cinq situles de la collection), fig. 17, p. 253 (photo de la pièce entière), fig. 20, p. 255 (photo du détail des cercles concentriques reliés par des tangentes du registre du bas).

Édité et augmenté (comparaison avec la double spirale batak, rappel de la controverse sur la méthode de la fonte, etc.) par Jean Paul Barbier-Mueller

Van Viêt Nguyên, Le profane et le divin, arts de l’Antiquité. Fleurons du musée Barbier-Mueller, musée Barbier-Mueller & Hazan (éd.), 2008 : p. 438.

Situle, thap, Vietnam, région nord, culture de Dông Son, Ve-IIIe siècle avant J.-C.

Situle, thap, Vietnam, région nord, culture de Dông Son, Ve-IIIe siècle avant J.-C.

Situle, thap, Vietnam, région nord, culture de Dông Son, Ve-IIIe siècle avant J.-C. Bronze. H. : 42 cm, poids : 11,500 kg. INV. 2505-29 © musée Barbier-Mueller

Ce récipient cylindrique repose sur une base non marquée à l’extérieur par une délimitation, dépassant le fond de la situle de 1,5 centimètres. Une partie rétrécie en haut permettait d’encastrer le couvercle. Les deux anses évoquent une liane torsadée en forme de U renversé, ornées de deux doubles spirales à la base des deux côtés [1]. Cet objet est un des plus représentatifs, avec les tambours de type Heger I, des vestiges de la culture de Dông Son.

Sur le plan social, les situles dôngsoniennes appartenaient à la noblesse. Les situles de cette dimension pouvaient servir de réceptacles à ossements, contenir un crâne [2], celui du défunt ou de la victime d’un sacrifice. D’autres contenaient diverses sortes de liquides et les rares inscriptions (chinoises) qu’elles comportent se réfèrent parfois à leur contenance. Certaines sont décorées de gravures, de figures humaines aussi sophistiquées que celles des tambours de bronze.

Ce récipient de grande taille est richement décoré : depuis le haut, des bandes géométriques (quadruples lignes en creux encadrant deux rangées de dents de scie pointe contre pointe et séparées par des spirales géométriques ou méandres entrelacés). Une bande vierge se trouve au dessous et à nouveau des lignes horizontales, en deux registres, encadrant quatre barques, présentant des scènes guerrières laissant présumer qu’il s’agissait de commémorer une victoire, au vu des ennemis décapités, encore qu’il ait pu s’agir d’un couronnement ou d’une « fête de mérite » lors de laquelle le ou les personnages célébrés avaient droit à des sacrifices humains ? Des animaux remplissent les espaces vides et représentent l’environnement, à moins qu’ils ne soient des symboles évoquant le sombre monde souterrain (les poissons, les crocodiles ailleurs ou les tortues), et le monde céleste (les oiseaux), son « contraire nécessaire ».

Particulièrement intéressants sont les vingt-deux caractères chinois gravés sur le bord de la situle, après la fonte, sans doute un ou deux siècles après celle-ci. Ils se rapportent au poids, à la contenance du récipient en mesures chinoises, et la partie non déchiffrée indique peut-être le lieu de fabrication.

Les « situles à inscriptions » sont très rares. Les premières ont été découvertes sur le territoire du royaume de Nan Yué, près de Guangzhou (ville de Canton, province de Guangdong, Chine). Une autre a été trouvée depuis à Lubowan, dans la région autonome de Guangxi, et les deux dernières se trouvent dans les collections Barbier-Mueller [3].

Les inscriptions de la situle de Lubowan, de cette situle et du tambour de Cô Loa partagent une ressemblance frappante [4]. Seul le caractère han de la première a pu être identifié comme le lieu de production. Sans doute les deux premiers caractères de droite à gauche de la situle Barbier-Mueller renferment-ils le secret de ce lieu ?

Dans la tombe de Viêt Vuong (roi du royaume de Viêt en Chine, près de Guangzhou – la ville de Canton, capitale de la province de Guangdong en Chine au IIe siècle avant J.-C.), on a trouvé une situle assez semblable à celle-ci. En 1986, le musée de Yên Bài a découvert dans le sous-sol de Hop Minh un tel réceptacle avec son couvercle intact, fait rarissime. Cette dernière situle est semblable en taille et en décoration à celle-ci.

De culture de Dong Sôn, cette situle atteste de la probable influence des habiles bronziers du royaume de Dian au Yunnan, où existent encore des hottes en osier de même forme.

Publ. : Viêt 2006, page de titre pour le détail de la barque, fig. 11 pour la situle entière, fig. 13 pour le détail de l’anse en U renversé.

[1] voir photo de détail dans Viêt 2006, p. 251, fig. 14
[2] ibid., p. 260
[3] ibid., p. 257
[4] ibid., p. 258

Édité et complété par Jean Paul Barbier-Mueller

Van Viêt Nguyên, Le profane et le divin, arts de l’Antiquité. Fleurons du musée Barbier-Mueller, musée Barbier-Mueller & Hazan (éd.), 2008 : p. 437.

Situle, thap, Vietnam, région nord, culture de Dông Son, IVe-IIIe siècle avant J.-C.

Situle, thap, Vietnam, région nord, culture de Dông Son, IVe-IIIe siècle avant J.-C.

Situle, thap, Vietnam, région nord, culture de Dông Son, IVe-IIIe siècle avant J.-C. Bronze. H. : 31,5 cm, diam. : 27,5 cm. INV. 2505-11 © musée Barbier-Mueller

De moyenne grandeur et sans couvercle, cette situle possède les anses typiques en forme de U renversés des récipients de ce type antérieurs à l’influence chinoise, dès le IIe siècle avant J.-C., qui s’exerce surtout dans les régions côtières, la culture de Dông Son se perpétuant durant quelques siècles dans les régions montagneuses de l’intérieur.

Le décor des flancs du réceptacle présente depuis le haut, d’abord un rang de doubles filets en relief, puis, encadré par deux rangées de doubles filets en relief, un motif torsadé géométrique. La géométrisation de motifs curvilignes (par exemple les doubles spirales enchaînées qui deviennent des « grecques obliques ») est courante dans l’art des bronziers dôngsoniens.

De petits traits verticaux relient les deux doubles filets inférieurs à deux autres doubles filets, qui ont pour contrepartie, plus bas, une autre paire de filets. Entre ceux-ci et ceux-là, un registre assez large est parsemé d’images de grues en plein vol, le bec pointé vers la droite. Si ces volatiles sont plutôt rares sur le flanc des situles, en revanche ils décorent fréquemment les tympans des tambours de bronze les plus anciens. Cela nous incite à donner une date assez haute à notre situle.

Le registre suivant (en descendant) est encadré de deux doubles filets, une rangée de points cerclés, reliés par une autre tangente, autre motif tout à fait courant dans le Dông Son.

Au-dessous, un autre registre contient à nouveau le motif torsadé géométrique, séparé par deux filets d’une autre rangée de points cerclés reliés par une tangente, bande que l’on retrouve vers le bas de la situle, sous un large registre où sont représentés des cervidés dans diverses postures : galopant, au repos avec la tête tournée vers l’arrière, broutant, etc.

Tout au bas du réceptacle, deux filets sont reliés par de petits traits horizontaux. À cette hauteur, nous sommes en-dessus du fond de la situle, surélevé par rapport aux bords extérieurs.

Publ. : Viêt 2008, ill. 1, p. 20.

Édité et complété par Jean Paul Barbier-Mueller

Van Viêt Nguyên, Le profane et le divin, arts de l’Antiquité. Fleurons du musée Barbier-Mueller, musée Barbier-Mueller & Hazan (éd.), 2008 : p. 436.

Grand tambour de type Heger I, Vietnam, région sud du berceau de la culture de Dông Son, Epoque Giao Chi, dernière période (Ier siècle avant J.-C.-IIIe sièce après J.-C.)

Grand tambour de type Heger I, Vietnam, région sud du berceau de la culture de Dông Son, Epoque Giao Chi, dernière période (Ier siècle avant J.-C.-IIIe sièce après J.-C.)

Grand tambour de type Heger I, Vietnam, région sud du berceau de la culture de Dông Son, Epoque Giao Chi, dernière période (Ier siècle avant J.-C.-IIIe sièce après J.-C.). Bronze à patine brune. H. : 73 cm, diam. du tympan: 97,5 cm. INV. 2505-84 © musée Barbier-Mueller

Quand nous parlons de la région australe du foyer d’origine du Dông Son, nous entendons la partie basse du Nord-Vietnam actuel, cette culture ne s’étant jamais étendue plus bas que l’actuelle ville de Hué (la culture de cette époque, au centre du Vietnam, est connue sous le nom de Sa-Huynh, qui n’a presque rien en commun avec le Dông Son, celui-ci ayant au contraire influencé le Laos, la Thaïlande et la Birmanie actuelle, sans compter l’Insulinde – où l’on a importé, puis copié les grands tambours de type Heger I, leur substituant des modèles en forme de sablier, comme la célèbre « Lune de Pejeng », conservée dans un temple de cette ville, proche de Ubud à Bali – et, bien sûr, sans parler des affinités existant entre les Nan Yue du Vietnam et les « Cent Yue » du Guangdong, et du Guangxi).

Le lieu de découverte de ce grand tambour serait-il la région frontière entre le Cambodge et la Thaïlande ? Le décor caractéristique des tambours de la dernière période, pour la forme Heger I, est le décor où les motifs réalistes sont remplacés par des motifs géométriques, cependant que quatre grosses grenouilles apparaissent, placées régulièrement, sur le pourtour du tympan (exceptionnellement, les grenouilles sont remplacées par d’autres animaux : oiseaux surtout).

Le plus grand tambour connu de ce type, jadis dans les collections Barbier-Mueller, est actuellement exposé au musée du Quai Branly à Paris : le diamètre du tympan est de 158cm.

Ici, le tympan est orné au centre d’une étoile à douze pointes. Les cérémonies festives représentant des personnages dansant sont stylisées, méconnaissables, réduites à des buissons de lignes parallèles. La bande circulaire avec ses images d’oiseaux en vol n’a en revanche pas beaucoup été modifiée. On y voit aussi les rangées de « points cerclés ».

La caisse du tambour (sur sa partie convexe supérieure) montre : en haut, deux rangées de lignes parallèles horizontales reliées par des lignes verticales, en relief comme les cercles avec point central placés entre les deux rangées ; au-dessous, six bateaux dont les rameurs sont peu reconnaissables : ils sont remplacés par deux lignes courbes pour chaque personnage, lignes reliant une touffe de plumes au bas du corps non dessiné, et une autre touffe, plus grande, de plumes au-dessus de l’emplacement de la tête.

Un cercle pointé paraît être l’œil de ce qui n’est plus une silhouette humaine. Quatre paires d’anses torsadées relient la partie haute, dont le galbe est saillant, à la partie basse de la caisse, concave, avec un ressaut vers la base, elle aussi légèrement concave et non décorée.

Au-dessus de ce ressaut, des danseurs, à l’origine dessinés avec soin, sont ramenés à une sorte de représentation d’aile emplumée étroite, haute, avec un œil (?) au milieu. Ces groupes de danseurs sont placés dans des cadres rectangulaires (lignes verticales reliées de petites lignes horizontales) et soulignés par deux rangées de lignes horizontales identiques à celles qui se voient au haut de la partie galbée de la caisse.

Au-dessous du ressaut, la base comporte, comme d’ailleurs le reste de la caisse, de nombreux trous rectangulaires qui avaient été pratiqués pour y insérer des « écarteurs » (petites tiges de métal de section carrée d’environ 1 centimètre de côté et 2 ou 3 centimètres de longueur, peut-être en fer, dont le point de fusion est beaucoup plus élevé que celui du bronze) capables de tenir le moule d’argile intérieur à bonne distance du moule extérieur en argile au moment de la fonte de la cire, avant qu’elle ne soit remplacée par le bronze en fusion (si la technique de fabrication est bien celle de la « cire perdue » ce qui est contesté par une minorité d’auteurs, comme Pieter Meyers, lesquels croient à l’utilisation de moules en argile estampés ; mais, dans ce cas aussi, le moule intérieur doit être tenu à distance du moule extérieur en plusieurs parties, pour que la future épaisseur de la paroi de bronze reste égale ; les opinions des deux partis ont été publiées dans Arts & Cultures, 2006, p. 264 sq., à la suite de l’étude approfondie des cinq situles des collections Barbier-Mueller).

Les trous laissés par l’enlèvement des « écarteurs » n’avaient été que partiellement comblés par martelage de métal après la fonte, ce qui était pourtant l’usage. Il en restait un grand nombre, vides (des photographies ont été prises avant le comblement récent de ces trous carrés pour des raisons esthétiques ; néanmoins, certains n’ont pas été bouchés, et conservés comme témoins).

Publ. : Viêt 2008, pl. III-5, p.25.

Édité et complété par Jean Paul Barbier-Mueller

Van Viêt Nguyên, Le profane et le divin, arts de l’Antiquité. Fleurons du musée Barbier-Mueller, musée Barbier-Mueller & Hazan (éd.), 2008 : p. 435.

Tambour miniature, culture de Dông Son, Vietnam, régions montagneuses du nord

Tambour miniature, culture de Dông Son, Vietnam

Tambour miniature, culture de Dông Son, Vietnam, régions montagneuses du nord, époque Giao Chi (Ier siècle avant J.-C.-IIIe siècle après J.-C.). Bronze à patine verte, lisse. H. : 6,5 cm. INV. 2505-25 © musée Barbier-Mueller

Minuscule objet, purement symbolique. Les tambours, les récipients de bronze, les vases apparaissent en grand nombre dans les tombes de la région de Thanh Hoa vers la fin de la dynastie des Han occidentaux, puis de la dynastie des Han orientaux (Ier siècle avant J.-C.– IIIe siècle après J.-C.).

Le tympan du tambour est ici décoré au centre d’une étoile à quatorze rayons, nombre anormalement élevé. Entre ceux-ci, dans les triangles habituellement vides ou portant (rarement, dans les grands tambours) un visage stylisé, se trouvent des hachures obliques en creux. Au centre, une petite boucle de suspension.

La caisse est entièrement concave, sans partie supérieure convexe. Peu décorée, elle comporte un motif de haut intérêt : la représentation, dans un cadre formé de cinq lignes verticales enfermant deux rangées de dents de scie placées face à face, horizontalement, d’une maison au toit relevé aux deux faîtes, le centre étant incurvé (saddle roof en anglais).

Ces maisons se voient encore aujourd’hui en Insulinde, notamment chez les Toraja de Sulawesi et les Toba Batak de Sumatra. On les retrouve jusqu’en Nouvelle-Guinée, dans la région du Sepik, ainsi que dans certaines îles de la Micronésie, mais, si le toit garde la même forme, elles ne sont pas toujours juchées sur de hauts pilotis. Elles sont représentées souvent sur les caisses ou même le tympan des tambours de grande dimension, en « vue radiographique », c’est-à-dire que les habitants et le mobilier, dont des tambours, sont bien visibles, comme si les parois n’existaient pas. Nous appellerons désormais ces bâtisses « maisons de type indonésien ».

Le tambour possède deux petites paires d’anses. Ce type d’objet était conservé dans des grottes, ou transmis de génération en génération dans les familles de chamans des régions montagneuses du Vietnam. On en a découvert dans des tombes, comme présents funéraires.

Publ. : Viêt 2006, fig. 3.

Édité et complété par Jean Paul Barbier-Mueller

Van Viêt Nguyên, Le profane et le divin, arts de l’Antiquité. Fleurons du musée Barbier-Mueller, musée Barbier-Mueller & Hazan (éd.), 2008 : p. 434.

78